Parler aux enfants du trouble de santé mentale d’un parent : Pourquoi cela est-il important et comment le faire
Texte par Audrey-Anne Frenette basé de la brochure Parlons-en! Parlons aux enfants de la maladie mentale créé par CLSC du Vieux-Lachine, CLSC Lac-Saint-Louis, CLSC Pierrefonds, L’Hôpital Général du Lakeshore, Les Amis de la Santé Mentale.
Le but de cet article est de mettre en évidence l’impact qu’a le trouble de santé mentale (TSM) d’un parent sur l’enfant et d’offrir des moyens aux adultes ainsi qu’aux enfants d’y faire face. Le silence de l’enfant ne saurait faire taire sa souffrance. Sachant qu’elle existe, nous pouvons aider en lui ouvrant la discussion.
Un TSM n’est pas, par définition, une problématique de famille. Pourtant, la vie de tous les membres de la famille en est affectée. Les enfants, comme les adultes doivent s’adapter à ses nombreux effets tels : le stress, les variations de l’humeur et du comportement, l’incertitude qu’elle entraîne, ainsi que l’ajout de nouvelles responsabilités.
L’enfant est particulièrement vulnérable à l’impact du TSM d’un parent. Il dépend des adultes et ses moyens d’adaptation sont plus limités. La vie de la famille devient imprévisible. Ne comprenant pas trop ce qui arrive à son parent, à sa famille, l’enfant est confus et a besoin d’information.
Reconnaissons ses effets
Lorsqu’un enfant est affecté par le TSM d’un parent, il n’aura pas toujours les mots pour le dire. C’est souvent par son comportement qu’il le laisse paraître. Voici quelques signes qui pourraient indiquer que l’enfant vit des émotions difficiles et qu’il pourrait bénéficier d’un certain support et accompagnement :
- Des pleurs au coucher;
- Des problèmes de sommeil;
- Une diminution de l’appétit;
- Des difficultés de concentration à l’école;
- Moins d’entrain pour jouer;
- Des excès de colère;
- Une diminution ou une augmentation marquée des résultats scolaires;
- Moins d’intérêts pour ses amis;
- Des problèmes de comportement;
- Une tendance à s’isoler;
- La présence de peurs accrues;
Comprenons son impact
Les réactions et les émotions de l’enfant sont parfois source de confusion. Il peut se sentir accablés par les pensées, préoccupations, et sentiments, tels que la peur, la confusion, l’inquiétude, l’anxiété.
Lorsqu’un parent est soudainement hospitalisé ou se comporte différemment à cause du TSM, l’enfant vit une perte et ne peut pas comprendre pourquoi le parent est absent ou ne démontre pas la même attention ou affection. Il est important de trouver un adulte, tel un grand-parent, un oncle ou une tante, qui soit disponible pour votre enfant durant ces moment difficile. Le réseau de soutien est un important facteur de protection lorsqu’il est question de TSM dans une famille, et ce, pour les enfants autant que les adultes.
L’enfant de tout âge peut se sentir submergé par l’anxiété à cause des hospitalisations répétées ou des épisodes d’instabilité et d’imprévisibilité chez son parent. Il se sent rarement soulagé de son sentiment de détresse. Votre enfant a besoin du soutien et du réconfort d’un adulte en qui il a confiance, surtout au moment des repas et du coucher.
Selon le point de vue de l’enfant
La peur qu’un parent n’aille jamais mieux devient omniprésente. L’enfant s’inquiète alors du parent à tout moment, surtout s’il n’est pas avec lui. C’est pourquoi il importe de faire place et d’encourager votre enfant à parler de ses inquiétudes et de le rassurer.
Il arrive souvent que l’enfant se questionnera à savoir s’il y a quelque chose qu’il pourrait faire d’aider ou de soulager son parent malade, comme faire une tâche ménagère, s’occupe d’un frère ou d’une sœur plus jeune. De plus, l’enfant se blâme souvent pour le TMS de son parent, croyant que c’est de sa faute. Il croit que son parent a développé un TSM parce qu’il n’a pas été assez « gentil ». Même s’il essaie d’être « gentil » ceci ne fait que renforcer ses sentiments de culpabilité et d’impuissance. Rassurez votre enfant en lui disant qu’il n’est pas à blâmer. Les enfants ne causent pas un TSM.
Il est normal qu’un enfant éprouve des sentiments contradictoires vis-à-vis d’un parent souvent souffrant et indisponible. L’enfant aime son parent, veut qu’il guérisse, mais en même temps, il est en colère contre lui parce qu’il est malade et qu’il lui fait vivre tous ces bouleversements. Dites à votre enfant que vous comprenez qu’il peut avoir des sentiments différents en même temps tout en lui faisant ressentir que cela est normal. Ceci l’aidera à mieux se comprendre et pourra minimiser son niveau de confusion.
L’enfant peut avoir une peur de devenir malade comme son parent. Permettez à votre enfant d’exprimer ses peurs et répondez à ses questions selon son âge.
L’enfant se sent généralement isolé comme s’il était seul à vivre cela. Dites à votre enfant que d’autres que lui ont des expériences semblables.
Encore beaucoup de gens connaissent peu de choses sur les TSM de sorte que le TSM risque de devenir un secret bien gardé et une source de honte et d’embarras pour la famille. Les préjugés envers le TSM perdurent. Expliquez cela à votre enfant et choisissez ensemble des personnes à qui il pourrait en parler.
Un enfant a besoin qu’on lui explique le plus tôt possible le TSM, les symptômes, les effets des médicaments et les traitements possibles. En planifiant à l’avance, il saura à quoi s’attendre si son parent est malade ou doit être hospitalisé. En fournissant à l’enfant l’information adéquate, son insécurité diminuera.
En informant votre enfant sur le TSM et en l’impliquant dans la planification, vous lui transmettez un message important : le trouble de santé mentale de son parent n’est pas de sa faute.
Discutons-en
Voici des exemples de questions qui peuvent préoccuper votre enfant. Discutez-en avec lui!
Parlons du trouble de santé mentale
- Qu’est-ce qu’un trouble de santé mentale?
- Que veut dire dépression, schizophrénie, trouble de personnalité limite, etc.
- Qu’est-ce qui ne va pas avec mon parent?
- Est-ce que mon parent va guérir?
- Est-ce que les médicaments peuvent aider?
- Est-ce que je vais devenir malade moi aussi?
- Est-ce que la maladie mentale va disparaître?
- Qu’est-ce que je vais dire à mes amis?
Parlons de ce qui arrivera à la maison
- Quand mon parent sera malade, qui s’occupera de moi à la maison?
- Qui m’aidera à me préparer pour l’école ou la garderie?
- Qui rassurera avant d’aller dormir?
- À qui puis-je parler si je suis inquiet.e pour mon parent?
- Pourquoi est-ce que mon parent dort autant?
- Comment puis-je empêcher mon parent de crier autant?
- Qu’est-ce que je peux faire quand j’ai peur?
- Qu’est-ce que je peux faire pour aider?
Parlons de ce qui arrivera si un parent est hospitalisé
- Est-ce que je pourrai lui rendre visite?
- Qu’est-ce que je vais voir à l’hôpital?
- Est-ce que mon parent va mourir?
- Est-ce que mon parent ira encore à l’hôpital?
- Qui va s’occuper de moi?
En famille, ce que vous pouvez faire ensemble.
Partager en famille ce que vous pensez et ressentez.
Encourager d’autres membres de la famille comme un oncle, une tante ou un grand-parent à parler de la maladie.
Demander à votre enfant s’il veut vous accompagner à l’un de vos rendez-vous médicaux où vous pourrez aborder ensemble les questions qui ont émergé.
Trouver un professionnel de la santé mentale (un/une infirmer(ère), un médecin, un/une travailleur(se) social(e), un /une psychologue ou un/une autre intervenant(e) en qui vous avez confiance pour parler à votre enfant.
Informer quelqu’un à l’école de votre enfant, comme l’enseignant(e), le (la) travailleur(se) social(e) ou l’infirmier(ère) de ce qui se passe à la maison.
